Grand-village : l’immense corps-de-garde
Dans la cité du sable, il y a le Grand Village. C’est un des quartiers les plus populaires de la ville car il est un axe commercial incontournable. Dans ce périmètre d’un peu plus de trois kilomètres à la ronde, on y trouve de nombreux commerçants Ouest-africains et Libanais. Un des deux principaux Marchés de l’ile. Deux mosquées et trois Églises évangéliques. Les deux principales entreprises de transfère d’argent (Money-Gram et Western-union) et une trentaine de bars. Avez-vous noté une absence ? Aucun établissement scolaire primaire ou secondaire. Défaut de taille n’est-ce pas ? 
Dans un village digne de ce nom au Gabon, il y a ce qu’on appelle le «Mbandja », autrement dit un corps-de-garde. C’est une sorte de temple servant d’agora publique. C’est le lieu des hommes et des anciens qui y demeurent constamment comme administrateurs de la communauté. Là, les jeunes viennent puiser le savoir. Et les femmes viennent résoudre les problèmes et recevoir les conseils
Question : où trouve-t-on le corps-de-garde du Grand village? Nulle part. Ce quartier porte donc mal son nom. Mais, peut-être n’y vois-je pas clair. Le Mbandja est l’élément le plus visible du village et il matérialise la cohésion sociale des villageois. Quel est donc l’élément le plus visible de ce quartier et qui remplisse en même temps la fonction de cohésion sociale ? Le Bar.

Dans le corps-de-garde, on éduque, règle les conflits et initie les jeunes à une vie d’homme. Au Grand Village l’ego commun le plus palpable qui sacralise les jeunes et fait d’eux des hommes, c’est la capacité à boire un nombre de bières impressionnant. Le godet serré est une expression bien connue qui traduit une valeur, une force, un ego. Godet signifie « alcool ». Il faut donc entendre par là : alcool serré ! Plus vous êtes capable de supporter un godet serré, plus vous êtes un homme, une force de la nature. Toutes défaillances (vomissement, fatigue, sommeil) fait de vous un néophyte, un enfant de la maternelle. Les regards pointent sur vous et vous vous sentez soudain comme si vous étiez un danger pour la couche d’ozone.
Plus vous buvez des bières et plus, vous montez en sainteté. La virilité se résume au nombre de Beaufort, Régab, Castel, Guinness ou Heineken que vous êtes capable de consommer en une soirée. Assis ou debout, penché ou esquissant un pas de danse, l’essentiel est que vous fassiez honneur à votre nom ou au genre masculin tout entier. Dieu veille ! Aux âmes bien nées, la valeur attend là, le nombre des bières ingurgitées. Gloup !
Buvez, c’est le Grand village qui paye, mieux, l’ile Mandji. Tout le monde au corps-de-garde, enfin, sauf les choses de mon corps. Quoique…



« L’argent du pétrole est maudit » Voilà la phrase qu’on entend ici régulièrement si on vit dans les quartiers populaires. Pourquoi une telle affirmation ? Pour justifier un non-sens, un contraste. Le paradoxe de la ville qui veut que nombre de ces citoyens vivent au bord de la misère ou de la simple décence alors même qu’ils ont des salaires importants. Lorsqu’on entend parler de Port-Gentil, plusieurs mots reviennent : pétrole, argent, vie chère. Tous les jeunes, voire tous les hommes ne souhaitent travailler que sur site, c’est-à-dire, les plateformes pétrolières en offshore ou onshore. La raison ? L’argent (les Pétro-CFA).
La majorité des Portgentillais travaillent sur site pétrolier ou sur les barges en mer. Ils touchent de gros salaires, habitent de véritables taudis, oscillent sans cesse entre l’insécurité alimentaire et la suralimentation. La chose est saisissante. Et le décor est loin d’être paradisiaque.





